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Il se réveilla sur les coups de 10 heures, chose très inhabituelle pour le lève-tôt qu'il était. On dit que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ; pour preuve, le premier geste qu'il eu
en ouvrant les yeux fut de les refermer : l'avenir n'était plus qu'une vague idée, quelque chose de très flou dont il se moquait parfaitement à ce moment précis. Son bras gauche était engourdi ;
il le secoua mollement pour atténuer les picotements qui le parcouraient. Les rideaux, même tirés, laissaient filtrer la lueur du jour, la lueur du treize juillet deux mille six. Il soupira.
Roula sur le côté. Appuya légèrement sur le tiroir de la table de chevet ; celui-ci s’ouvrit dans un petit clic. Dedans, bien cachée sous le livret de famille et autres documents
administratifs, une photo. Sa photo. Celle qui ornait autrefois cette même table de chevet. Celle qui l’accueillait tous les matins. Celle qui lui rappelait qu’à ses côtés, dans son lit,
dans un autre lit, elle dormait encore –elle dormait beaucoup trop. Elle était un peu cornée, mais pas jaunie pour autan ; au bout de combien de temps allait-elle jaunir ? Cela faisait
déjà sept ans, sept ans et demi. Elle était un peu cornée et le brillant qui la couvrait se ternissait à mesure qu’elle s’éloignait de lui. Pourtant, le temps n’avait pas altéré son sourire. Au
contraire, en ce treize juillet, il la sentait plus que jamais auprès de lui. Jeune. Belle. Vivante. Le temps, par contre, l’avait abîmé, un peu trop. Des rides au coin des yeux, sur le
front ; des problèmes de vue, des lunettes pour lire ; des cheveux de plus en plus clairs, des cheveux blancs ; une mélancolie qui ne survient que lorsqu’on a atteint un certain
âge. Cinquante ans, par exemple. Justement, ce jour-là, il avait cinquante ans et il pensait à elle comme s’il en avait quarante, comme s’il était encore éperdument amoureux d’elle. Il la
tenait encore dans ses bras, ce jour-là, à l’île d’Oléron, Jules ne dépassait pas les six ans, Priscilla les deux, on les voyaient jouer avec Solange en arrière-plan, le soleil leur faisait
plisser les yeux et un touriste assez aimable fixait cet instant sur la pellicule de leur jetable. Cette photo fut la dernière qu’ils prirent tous ensemble, en vacances, heureux. Thierry n’était
pas encore né. Il n’avait aucune photo avec elle d’ailleurs. A présent, il y avait, sur la table de chevet, encadrée de quatre planchettes de bois décorées main, une scène bien différente. Trop
différente. Il remit le cliché en place, dans son tiroir, et se leva pour tirer les rideaux. L’autre photo avait été prise dans le sud, il ne savait plus exactement à quel endroit, ils avaient
parcouru la France entière ensemble. Les enfants étaient bien plus âgés ; Jules avait treize ans, Priscilla neuf ans et Titou trois. Ils pique-niquaient près d’une rivière ; Arnaud
avait acheté un appareil photo de professionnel juste avant qu’ils ne partent. C’était lui qui avait fixé l’instant sur son Kodak EasyShare ; lui qui avait surpris Titou accroché à son cou,
Priscilla riant aux éclats et Jules louchant sur le verre de vin. Alors que sur le premier cliché il tenait Anouk, sa femme adorée, tout près de lui, et que les enfants n’étaient que points
vacillants derrière eux, le deuxième montrait une complicité entre eux qu’il n’y avait jamais eu du temps qu’elle était encore en vie. Alors il aurait dû apparaître sur la photo, être encadré,
lui aussi, par des planchettes de bois rayées vert et jaune, ce photographe auquel personne ne faisait réellement attention. Il aurait dû l’accueillir tous les matins ; lui rappeler qu’à ses
côtés, dans ce même lit, il se réveillait pour aller emmener Titou à l’école. Cela faisait combien de temps, déjà ? Sept ans. Sans doute plus. Il remua la chambre entière pour trouver le
polaroïd, bien calé dans house, avec tous ses accessoires auxquels il ne comprenait rien. Il le passa autour de son cou et descendit les escaliers aussi discrètement qu’il le put. Il croisa
Zahara.
« Tonton ? Dans le jardin, je crois. »
Il se rendit dans le jardin. Il faisait aussi beau qu’à l’île d’Oléron ; d’ailleurs le soleil lui faisait plisser un peu les yeux. Il l’appela. L’autre se retourna. « Oui ? »
Clic. Et il s’en alla comme un voleur. Retourna dans la chambre, trouva une boîte de punaise. Il en prit deux –une jaune et une verte- et accrocha le polaroïd près du lit, au dessus la
table de chevet.
Il venait d’avoir cinquante ans et les vieux refrains commençaient à lui peser.
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Je suis un peu trop sentimentaliste, mais j'aime ça xD
Bonus : autoportrait raté (peut-être dans quelques années...)